Donner à voir les gilets jaunes

#gilets_jaunes #photographie

4 mars 2019

 

Toute écriture sur le monde social est normative. Elle renferme sa part d’affect et, parfois, d’aspiration à un changement. De même, prendre une photographie et choisir de la diffuser est une démarche éminemment politique, même si certain·es ont la naïveté — ou font semblant — de l’ignorer.

Texte et photographies de Brice Le Gall

Photographe et doctorant en sociologie au CESSP-CSE de Paris.

J’ai mené ce travail sur les gilets jaunes avec un ami, Thibault Cizeau, et ma compagne, Lou Traverse. Nous sommes tous les trois sociologues de formation, ce qui enrichit le travail photographique en tant que tel. Par delà les discussions sur le mouvement, Lou m’aide dans le travail d’editing (le choix et l’organisation des images) et la présence de Thibault est irremplaçable sur le terrain.

Le « regard » ou « l’œil photographique », comme on l’appelle parfois de façon un peu snob, est souvent un regard collectif qui s’ignore. Il y a tout un travail collectif invisible (et souvent dissimulé) derrière la production et la présentation d’une série de photographies, toute une série de « choix » plus ou moins conscients, déterminés par les échanges, les relations de confiance que l’on noue sur le « terrain », mais aussi par les lectures qu’on a pu faire ou la tradition photographique dans laquelle s’inscrit la ou le photographe.

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Patrick, un gilet jaune de l’Oise, discute avec Thibault (à droite) dans un café à proximité du camp de Chevrières.

Il est difficile de ne pas en avoir conscience quand on photographie les gilets jaunes : tenter de donner à voir un « espace » des personnes mobilisées, choisir d’écarter une image ou au contraire d’en sauver une autre en la retravaillant alors qu’elle est mauvaise sur le plan technique, réfléchir à l’enchaînement de sa série, apporter lors du développement une tonalité plus « douce » ou plus « agressive » à certaines images, etc., toutes ces opérations reviennent à construire la réalité, à raconter une histoire, et donc à présenter sa propre vision du monde. Au cours de cette opération, la ou le photographe n’est pas en apesanteur. Elle ou il photographie aussi contre les autres photographes, en l’occurrence contre l’image qui est donnée du mouvement dans les grands médias.

Il faut préciser qu’initialement ce travail n’a pas été conçu comme un travail journalistique ou académique. Ce mouvement s’est imposé à nous comme à beaucoup d’autres chercheuses, chercheurs ou citoyen·nes… et c’est d’abord une forme de curiosité et de bienveillance, mêlée au sentiment qu’il se passait quelque chose d’extraordinaire, qui nous a poussé·es à nous y engager.

Dans mon travail sur les mobilisations sociales, j’ai toujours essayé de combiner sociologie, photographie et une certaine forme de militantisme. La rédaction d’articles sociologiques est destinée à des publics d’initié·es, ce qui est un peu désespérant, quand on pense que cette connaissance devrait s’adresser surtout à celles et ceux qui en ont le plus besoin pour se défendre contre la violence symbolique omniprésente du monde social.

Avec la photographie, j’ai le sentiment de toucher un public plus large, qui ne sera pas freiné par un langage jargonnant ou l’aridité d’un texte et avec qui je peux donc partager mon regard sur le monde social. Au fond, je pense qu’on se débat comme on peut pour exister, pour trouver une place où l’on se sent utile, où l’on peut apporter quelque chose. Or, n’étant ni un grand orateur, ni un militant d’organisation ou de terrain, la photographie me donne parfois la sensation de parvenir à transmettre ce que je ne réussis pas toujours à faire comprendre avec des mots.

Cela étant, combiner la sociologie, la photographie et la politique n’est pas un exercice facile. Dans la photographie humaniste ou sociale, à fortiori lorsqu’il s’agit de mobilisations, on peut osciller entre deux démarches : soit on adopte une approche « documentaire », qui recense de façon assez systématique des attitudes, des slogans, des styles de manifestants, etc., où l’image a un statut de « document » ou d’« archive », soit on adopte une approche plus esthétique ou artistique, où l’on cherche à faire « la » photo, c’est-à-dire à saisir quelque chose qui procure à la fois un plaisir pour les yeux, une émotion et un message ayant potentiellement une portée générale.

Les deux démarches me semblent importantes, même si elles ne vont pas sans tension et si la reconnaissance va plus souvent à la photo qui saisit, ou qui émeut, et qui est lue isolément de l’ensemble du photo-reportage. Dans mes séries, j’essaie de trouver un « juste milieu ». D’abord parce que réaliser « la » photo n’est pas si facile, ensuite parce que photographier un mouvement social est avant tout un moyen de témoigner et, si possible, de rectifier des idées reçues.

Même si ma contribution personnelle est à peu près insignifiante face à la force de frappe des médias soumis aux exigences du marché, elle me semble utile pour les personnes mobilisées. D’ailleurs, elles expriment souvent leur reconnaissance pour ce travail, et me rendent au centuple mon engagement à leur côté.

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Stéphanie et Virginie lors du réveillon du 31 sur le rond-point de Chevrières.

En ce qui concerne les gilets jaunes, notre démarche vise à comprendre ce mouvement « de l’intérieur », sans pour autant nous sentir prisonnière et prisonniers de la gentillesse et de la confiance que les personnes mobilisées nous accordent. Avec Thibault, nous nous rendons régulièrement sur plusieurs ronds-points de l’Oise depuis la fin du mois de novembre.

Ce département est un territoire intéressant parce que très contrasté du point de vue des caractéristiques sociales de ses habitant·es, des inégalités, des équipements en services publics. Il compte à la fois des îlots de richesse, comme Chantilly ou Senlis, mais aussi des poches de misère. Le taux de pauvreté y est très concentré et parfois très élevé, comme dans les grands centres urbains de Creil, Montataire, Nogent-sur-Oise, ainsi que dans les communes de Beauvais et de Compiègne.

Dans certaines de ces villes ou dans les campagnes environnantes, le Rassemblement National réalise de bons scores et l’abstention est élevée. Ce terrain offre donc aussi l’occasion de comprendre et de démystifier le rapport à la politique des classes populaires. Ces dernières, ou du moins certaines fractions d’entre elles, sont d’ailleurs bien plus souvent exclues du jeu politique institutionnel que désintéressées de la politique en tant que telle. De même, le succès du Rassemblement National aux élections tient moins, semble-t-il, à une « lepénisation des esprits », à la diffusion d’une idéologie raciste, qu’à la façon dont ce parti s’est construit (et a été construit médiatiquement) comme le seul parti « anti-système » susceptible d’agréger les colères des mécontent·es de la vie politique.

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Pour son deuxième acte dans le département, la coordination a donné rendez-vous aux gilets jaunes devant le château de Chantilly : une façon de réveiller « Chantilly la bourge(Oise) ».

Nous cherchons aussi à rendre compte des différentes dimensions du mouvement, comme son organisation interne sur le plan matériel et politique, les moments de fête et de partage, ou encore les actions locales et nationales qui contribuent à consolider et à rythmer la vie des collectifs. Il s’agit d’abord de rectifier l’image souvent caricaturale et diffamatoire diffusée par les éditorialistes et certains intellectuels de plateau qui fonctionnent comme des « auxiliaires idéologiques ». Ces derniers sont presque toujours focalisés sur les manifestations des grandes villes, les scènes de guérillas urbaines ou encore les dérapages à caractère raciste qui sont les plus susceptibles de disqualifier le mouvement.

En réalité, comme l’ont montré plusieurs chercheuses et chercheurs, la carte de la mobilisation des gilets jaunes ne correspond pas à celle du Rassemblement National. Il s’agit d’un mouvement très majoritairement pacifique, provincial, qui naît spontanément sur les « places » et les ronds-points. La focalisation sur la manifestation hebdomadaire des grandes villes et les échauffourées entre black blocs et forces de l’ordre ne rend absolument pas compte de la nature de ce mouvement.

De façon consciente ou inconsciente, les commentateurs les plus médiatisés sont dans la logique routinière du fait divers, dont on connaît la fonction : faire diversion. Une diversion qui fait passer au second plan les nombreuses revendications de ce mouvement social.

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Comme d’autres, Jean met ses compétences au service du collectif. Bientôt, une chambre parfaitement isolée pourra accueillir les gilets jaunes souhaitant rester dormir sur place. Une nécessité pour ne pas laisser le camp sans surveillance. Plusieurs de ces camps ont déjà brûlé ou été l’objet d’actes de vandalisme depuis le début du mouvement.
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Même si elles sont centrales, les revendications autour du « pouvoir d’achat » ne forment qu’une partie des doléances exprimées par les gilets jaunes. À côté de la revalorisation des retraites, du SMIC et de la baisse de TVA sur les produits de première nécessité, de nombreuses demandes portent sur la justice sociale et fiscale, l’organisation de la vie démocratique, la moralisation de la vie politique ou encore, l’environnement. Bref, ici comme dans beaucoup d’autres endroits, les slogans et les thèmes portés par les gilets jaunes ne sont pas ceux de l’extrême droite.

Au fond, nous nous intéressons aux conditions qui permettent de faire exister (et de faire vivre dans la durée) une révolte de cette ampleur. Documenter le profil des gilets jaunes et surtout montrer ce qui « se joue » dans la mobilisation (comme le rôle déterminant de certains « passeurs » ou « médiateurs », la façon dont les groupes tentent de neutraliser leurs divisions et de faire cohabiter des personnes ayant des histoires et des orientations politiques différentes, ou encore les manières d’entretenir la fraternité et la croyance qu’un autre monde est possible) ne revient pas seulement à rendre hommage à ce mouvement. Le fonctionnement de ce mouvement et son auto-organisation nous renseignent aussi sur les conditions qui rendent possibles un soulèvement général qui s’avère être bien autre chose qu’un feu de paille.

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Élodie rejoint les gilets jaunes pour le réveillon du jour de l’an avec sa petite fille. 35 ans, d’origine polonaise, elle est séparée et élève seule ses trois enfants ainsi que sa nièce de 16 ans dans un HLM de la région. Ses journées sont longues : à côté de son travail dans une entreprise de logistique, sa vie est entièrement rythmée par sa vie familiale : « Levée à 5h pour gérer ma maison et couchée après 23 heures, une fois tout préparé pour le lendemain, ainsi de suite ». L’accent mis sur l’importance de la « famille » dans les discours des gilets jaunes contribue à souder le groupe. Il renvoie aussi à la place centrale qu’elle occupe en milieu populaire, notamment à sa fonction de « revalorisation symbolique ». Avoir des sources d’épanouissement en dehors du cercle familial demanderait du temps disponible, de l’argent, et plus généralement des dispositions en affinité avec l’offre locale de loisir - lorsque celle-ci existe encore.
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La réunion hebdomadaire de 19h. Entre la fin de leur journée de travail et l’organisation du repas familial avec les enfants, les gens parviennent à se retrouver pour préparer les actions à venir. Au delà de modes d’action et d’expression inédits, l’occupation des ronds-points a fait naître quelque chose de nouveau : le sentiment d’une force collective.

Les personnes que nous avons suivies avec Thibault semblent particulièrement déterminées à arracher au destin une vie meilleure.

Pour plusieurs raisons, ce mouvement devrait avoir des effets à long terme, même s’il est soumis à de multiples attaques venant de l’extérieur et que les différents camps connaissent des problèmes propres à n’importe quelle organisation ou mobilisation de longue durée. Comment fédérer toutes ces personnes ? Comment éviter les divisions et ne pas se disperser au niveau local tout en étant simultanément plus efficace au niveau national ? Comment fédérer des personnes qui auraient un intérêt à rejoindre le mouvement, mais qui, en raison de leur histoire ou de leurs conditions d’existence, n’y croient pas ou n’y croient plus ? Comment ne pas se mettre à dos la population et en même temps produire des actions symboliques susceptibles d’être contraignantes pour le gouvernement ? Voilà le genre de questions que les gens se posent sur les ronds-points. Ils ont leurs moments de doute, ils connaissent des crises internes, des scissions...

Mais, les gilets jaunes renouvellent aussi le répertoire des actions collectives. Ils recréent des sociabilités dans des espaces où elles s’étaient en partie étiolées du fait des transformations économiques. Les ronds-points sont aussi le lieu d’une repolitisation accélérée des classes populaires. Le mouvement a une incidence sur les manières de voir, d’être et de faire des personnes mobilisées. Il leur redonne espoir parce qu’elles acquièrent le sentiment d’être une force collective.

Récemment, les gilets jaunes de l’Oise ont organisé une grande manifestation. Ils ont traversé les quartiers populaires des alentours de Compiègne avant de tenter une action dans un centre commercial. Ces initiatives n’ont pas toujours les effets escomptés et montrent la difficulté à créer des solidarités, même symboliques, avec des personnes issues d’autres fractions des classes populaires. Mais la réappropriation de lieux ou d’objets qui symbolisent l’emprise du capitalisme sur la vie des plus pauvres a quelque chose de très stimulant. Les gilets jaunes s’approprient aussi un espace non investi par les militants habituels, ce qui contribue à donner son originalité et sa force au mouvement.

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Quartier de « la fournaise » dans la banlieue de Compiègne. Les gilets jaunes font le tour des quartiers populaires pour les mobiliser. Ils invitent et scandent : « Avec nous dans la rue ! », « Ne nous regardez pas, rejoignez-nous ! ». Des enfants, qui jouent au ballon en bas de la cité, répondent, amusés, par des « Macron, démission ! ». Certains habitants saluent la foule depuis les étages. L’un d’eux, très âgé, est parti chercher son gilet pour le mettre à sa fenêtre.
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John, devant la caserne des pompiers de Compiègne. Suite à un accident ayant coûté la vie de l’un d’entre eux, un hommage lui est rendu avant que le cortège ne reprenne sa route. Une façon aussi de saluer l’aide apportée par les pompiers aux gilets jaunes durant les manifestations parisiennes souvent violentes.
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La manifestation à Compiègne du 9 février 2019. Le trajet de 17 km a fatigué les enfants. L’action surprise au centre commercial a été l’occasion d’emprunter un caddie pour soulager un peu les jambes...

La mouvement dure, il n’a pas de leader, il parle une langue inconnue des institutions, il est tenace et offensif malgré la répression. Ce mouvement présente aussi un caractère inédit par sa composition sociale : transgénérationnel, transclasse, transpolitique (au sens des orientations partisanes), il agrège des personnes ayant des conditions de vie et des systèmes de valeurs très différents, même si la composante populaire du mouvement est indéniable. Grâce aux contacts noués sur le terrain, plusieurs personnes nous permettent aujourd’hui d’accéder à leur domicile, à leur intimité et acceptent, en entretien, de se livrer à propos de leur vie privée. Avec elles, nous retraçons leur trajectoire sociale, scolaire, professionnelle, nous cherchons à comprendre leur rapport à la famille, au travail, à la politique, à la religion. Ces entretiens approfondis sur l’histoire des personnes mobilisées permettent de mieux saisir la nature et certaines caractéristiques du mouvement. Par exemple, la forte représentation des femmes parmi les gilets jaunes s’explique probablement par le fait que dans les milieux populaires, ce sont souvent elles qui sont chargées du budget familial et les premières confrontées aux fluctuations des ressources qui permettent ou non de « s’en sortir ».

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Muriel, surnommée « Domu », fait partie des femmes retraitées qui occupent une place centrale dans l’organisation et le fonctionnement du camp. Il s’agit d’une ancienne secrétaire de direction qui parle trois langues. Pour elle et son mari, c’est l’augmentation du nombre de personnes ayant recours aux Restos du cœur qui les a poussé·es à rejoindre les gilets jaunes. Souvent engagés dans la vie associative, ces retraité·es servent de « passeur », de « passeuses » ou d’intermédiaires entre des personnes de milieux différents : « (Ici) on se croirait sur la place du village. Je ne connaissais pas ces gens avant de venir, ce qui me frappe le plus, c’est cette solidarité entre nous. Avec internet, les réseaux sociaux, on ne connaît plus ses voisins, on ne sort plus de chez soi. Ici, on se rencontre (…) et chacun vient avec ses idées ».

La place prise par les revendications relatives aux SDF et les aides concrètes qui leur sont apportées dans deux camps de gilets jaunes au moins ne s’explique sans doute pas seulement par la crainte de son propre déclassement, mais aussi par le sentiment d’appartenir à une « commune humanité », probablement nourri par des dispositions religieuses. On pourrait en dire autant de la visibilité tout à fait inhabituelle des handicapé·es. Lorsqu’on entre dans l’histoire des familles, on découvre un nombre important de victimes d’accident du travail, les allocations de misère qui les maintiennent en dessous du seuil de pauvreté, leur exclusion des derniers lieux de sociabilité qui existent encore dans ces campagnes.

De fait, les inégalités sociales face à la mort et aux accidents du travail sont toujours très fortes en France : selon les données 2012 du ministère du Travail, 62,6 % des victimes d’accidents du travail sont des ouvrières ou ouvriers alors qu’ils ne représentent que 23 % des salarié·es. Les employé·es représentent un quart des victimes, les professions intermédiaires, un dixième et les cadres supérieur·es 2,2 %. Quant aux accidents du travail mortels, les deux tiers (66 %) d’entre eux concernent des ouvrières et ouvriers, alors que 10 % impliquent des cadres (source : DARES, 2016).

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De nombreuses personnes handicapées viennent manifester avec les gilets jaunes, soit pour dénoncer la faiblesse de leurs pensions (qui les maintiennent fréquemment en dessous du seuil de pauvreté), soit pour dénoncer les conditions de travail souvent difficiles et dangereuses que connaissent leurs familles.

Notre démarche vise enfin à incarner ce mouvement en choisissant quelques figures contrastées de gilets jaunes qui devraient permettre de mieux comprendre ce qui a pu les décider à se mobiliser. Les effets dévastateurs des politiques néolibérales sur le plan social et écologique ne sont jamais bien loin. Visibiliser ces personnes longtemps invisibles, rendre compte de leurs difficultés dans leur vie quotidienne et montrer leur combativité souvent émouvante me semble être le moins que nous puissions faire en tant que sociologues.

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À terme, nous voudrions faire un livre de ce travail, un livre qui marierait photographies et entretiens. Mais ici, c’est notre propre précarité qui nous rattrape. Nous réalisons ce travail de façon artisanale, sans contact avec des éditeurs et surtout sans financement, alors que nos propres vies sont rythmées par des contrats précaires dans le secteur public, des périodes de chômage et de RSA. Sans doute est-ce aussi pour cette raison que nous avons le sentiment d’appartenir aux gilets jaunes.

↬ Brice Le Gall