Vue sur la Mer Méditerranée, écriture assemblée dans l’espace

À propos de Pino Lacava

15 mai 2014

 

#Cartographie #Art #Méditerranée #Céramique #Représentation #Imaginaire

L’artiste italien Pino Lacava a créé en 2009 « Vue sur la Mer Méditerranée, signes et signaux — Écriture assemblée dans l’espace », une œuvre simple et poétique, une vision c(art)ographique de la Méditerranée, une vision symbolique (et légèrement monumentale) d’un peu du Nord, et d’un peu du Sud.

C’est Mario Neve, professeur à l’université de Bologne qui m’a fait connaître cet artiste lors d’une rencontre à Ravennes en 2010. J’ai tout de suite trouvé ses œuvres — souvent minimalistes — très évocatrices et émouvantes.

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Vue sur la mer Méditerranée, signes et signaux — Écriture assemblée dans l’espace

Cette œuvre, présentée en 2009 au XVIe concours de la céramique méditerranéenne au Castello Episcopio à Grottaglie (Italie), était accompagnée d’un texte en italien, ici traduit en français par Mario Neve et Cristina Del Biaggio :

Le sentier tracé
Par le “fil d’Ariane fait de bleu azur”
Atteint le lieu
Où la pensée se fixe
Pour s’élargir dans l’espace

Le chant des cigales raconte,
Raconte l’histoire des gens
Les empreintes
Laissées sur les rivages de la Mer Méditerranée
Ont été recueillies par d’autres gens
Puis par d’autres gens
Et
Par d’autres gens encore
Jusqu’aux abords d’un monde lointain
Lointain
Mais connu par tous ceux qui sont présents
Dans les nœuds infinis de la réalité moite
Objectifs fixés
Par besoins d’images miroirs de l’existence
Je suivais les pas d’Ulysse
Quand je les ai vues
je me suis arrêté
Pour écouter le silence

Pino Lacava, « Le fil d’Ariane fait de bleu azur ».

Il sentiero tracciato
Dal “filo di Arianna fatto di azzurro”
Raggiunge il luogo
Dove il pensiero si fissa
Per allargarsi nello spazio
Dove
Il canto delle cicale racconta
Racconta la storia delle genti
Le orme
Lasciate sulle sponde del Mar Mediterraneo
Sono state raccolte da altre genti
Poi da altre genti
E
Da altre genti ancora
Fino ai bordi di un mondo lontano
Lontano
Ma conosciuto da tutti quelli che sono presenti
Negli infiniti nodi della realtà sudata
Obiettivi fissati
Da bisogni di immagini speculari all’esistere
Ero sul passo di Odisseo
Quando le ho viste
Mi sono fermato
Ascoltando il silenzio

Pino Lacava, « Filo di Arianna fatto di azzurro ».

Pino Lacava a développé ses propres recherches, depuis le milieu des années 1960, selon deux orientations thématiques : « Ligne de tension », et « Voler en Bleu ».

Il s’est intéressé très tôt à l’étude des langages de l’expressionnisme historique, du néo-expressionnisme, de l’aventure de Dada, ainsi qu’à l’œuvre de Joseph Beuys. Il a aussi travaillé avec Pierre Restany qui l’a beaucoup influencé.

Il travaille sur la première thématique -– Ligne de tension -– dans les années 1970. Son engagement politique et social s’exprime sans médiation dans la forme même des œuvres et des performances qu’il propose.

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Le lieu d’Arianne, installation de Pino Lacava, 1997.

Le deuxième thème — Voler en Bleu — est né plus tard, il y travaille d’ailleurs toujours. Il y a intégré une dimension participative puisqu’il invite souvent le public « dans » ses œuvres, en particulier pour ce qui concerne les questions environnementales et la nécessité d’une réflexion globale qui va au-delà de la division entre la science « dure » et la science « douce ».

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Voler Bleu azur
Le bleu est la couleur du vent... Performance du 13 avril 1996 à 7h00, sur la plage Montedarena, Marina di Pulsano

En 2008, et toujours dans le contexte de ce deuxième axe d’étude, Pino Lacava s’engage dans un projet collaboratif avec l’université de Bologne, l’administration provinciale de la région des Pouilles et la Villa Peripato à Tarente. Il s’agit ici d’une installation intitulée « Recherche de Bleu - Géométries faites de paille - voyage le long des côtes de la Méditerranée - ÉcritureAction au sol ».

À propos de cette initiative, Pino Lacava et Mario Neve écrivent :

« Où commence la mer ? Où, vraiment, rencontre-t-elle la terre ? Ses vraies frontières, c’est là où se confondent les objets et techniques de la mer avec les objets et les techniques de la terre. La côte n’est pas le bord de la mer. C’est ici qu’Ulysse est condamné à ramer éternellement.

 » Tiresias le devin, dira à Ulysse qu’il doit se réconcilier avec le Dieu de la mer s’il veut avoir une chance d’arriver au port. Ulysse devra faire une offrande, quelque part sur les bords de la Méditerranée, à quelqu’un qu’il rencontrera et qui ne connaîtra rien du tout à la mer. Il devra marcher, avec sa rame sur l’épaule, jusqu’à ce qu’il rencontre quelqu’un qui lui demande pourquoi précisément il porte cette pelle sur son épaule...

 » La rame d’Ulysse est un symbole, le symbole du lien entre la terre et la mer, comme par exemple le goût du sel. Il y a un moment où la rame peut devenir pelle. Notre idée ici, était de jouer sur l’idée de la frontière, de la limite, de la signification de ce rivage qui « sépare » deux mondes. La rame d’Ulysse sera l’outil qui servira a créer les « Géométries faites de pailles ».

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Recherche de Bleu - Géométries faites de paille - voyage le long des côtes de la Méditerranée - ÉcritureAction au sol
« La paille, ce matériau tout à fait extraordinaire, est utilisée de manière très polyvalente dans les régions méditerranéennes. La paille, ce devrait être un lieu de rencontre, loin de cette accumulation de choses qui nous étouffent. La paille, pour retrouver les couleurs, les saveurs et les fragrances, où vous voulez, quand vous voulez.

 » Ce projet est, pour nous, une fusion entre l’Histoire, la géographie, les idées, les sons, la musique, c’est partir à la recherche de la côte méditerranéenne. C’est un espace ouvert pour que les visiteurs puissent venir échanger, chercher et trouver le langage oublié de la Méditerranée.

 » Dans cette installation artistique, plusieurs actions sont prévues à l’intérieur et à l’extérieur de cette structure géométrique « faite de paille », laquelle est un archétype du lien entre le territoire et l’environnement.

 » Il y a la paille elle-même, matériel considéré comme inutile dans nos sociétés qui est tellement habituée au cycle des déchets et qui jette tout et n’importe quoi avant même souvent que ce ne soit utilisé. À la fin de l’exposition, la paille sera recyclée. »

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Recherche de Bleu - Géométries faites de paille - voyage le long des côtes de la Méditerranée - ÉcritureAction au sol
« Cette installation, nous aimerions qu’elle ne soit pas une simple œuvre d’art, mais un lieu de rencontre et de discussion. L’œuvre parlera grâce au public, aux invités venus du monde du travail, du monde de la culture, et qui s’engageront dans une narration sur les thèmes de ce qui se passe le long de la côte méditerranéenne, sur ce qui s’y passait, pour essayer de faire resurgir un peu de ce passé oublié. Par exemple, l’histoire de la production alimentaire, l’histoire de la manière dont on faisait les rencontres, dont on échangeait, dont on accueillait les étrangers.

 » Jean-Marc Besse disait : « Si du moins nous restituons [...] au mot “ethos” son sens élémentaire, qui est l’habitacle, le séjour, la demeure, l’éthique, c’est une manière de rendre le monde habitable. »


Billet assemblé par Philippe Rekacewicz.