Sous un gilet jaune, il y a... (1)

#gilets_jaunes

11 mai 2019

 

Sous un gilet jaune, il y a... une mère de famille, un technicien de surface, une prof, un retraité, une infirmière, un chômeur, une gérante, un chauffagiste, une universitaire, un précaire... des personnes politisées ou non, mais qui découvrent ensemble la force et le bonheur de la parole et de l’action concertée.
Pour une petite radioscopie de cette France qui se réveille, voici une série de portraits sans retouche de quelques-unes et quelques-uns d’entre elles et eux.

Aujourd’hui : Sandrine

Textes de Sandrine, Bernard, Brigitte, Antoine...

Photographies de Nepthys

1. Sandrine

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42 ans, maman célibataire de deux garçons de 7 et 9 ans, salariée depuis 14 ans dans une clinique privée comme aide-soignante, je travaille de nuit, deux week-ends par mois pour un salaire de 1400 euros.

Ma vie me satisfait, car j’ai eu la chance d’avoir des parents qui m’ont préparée à l’affronter et ils m’ont toujours aidée. Ma maman, avec qui je vis et qui garde mes enfants quand je travaille, était agent hospitalier dans la fonction publique et mon papa, qui était militaire, sont séparés depuis très longtemps. J’ai été élevée dans le respect des autres et des choses. Ma mère me disait toujours : ta liberté s’arrête là où commence celle des autres.

J’ai toujours été en colère contre les injustices, mais je n’avais jamais milité ou même manifesté. Les seules personnes que j’avais soutenues, étaient les forces de l’ordre, à leur demande il y a 2 ans et demi, en rejoignant l’association des Femmes de forces de l’ordre en colère (FFOC). Nous leur apportions des douceurs dans les commissariats, les casernes... Et, pendant toute une semaine en janvier 2018, je suis aussi allée soutenir les pénitenciers au moment de leur grève.

Le 17 novembre, je suis sortie toute seule dans la rue rejoindre les autres.

J’ai senti que quelque chose se passait. Ça faisait des années que j’entendais les gens parler de leur mécontentement, mais je les voyais rarement agir. Là, il y a eu un mouvement spontané, qui a regroupé des personnes de tous bords et de toutes origines, avec plein de problèmes différents. Des gens qui ne se seraient jamais parlé en temps normal et qui ont commencé à débattre. En nous écoutant, on comprenait que les revendications allaient s’étendre, que l’augmentation du prix de l’essence n’était que la goutte d’eau qui avait fait déborder un vase déjà bien trop plein. Et chaque jour, j’ai continué à venir, à créer des liens. Les 3 premiers jours, j’étais à la station service d’Auchan, puis quelque temps à Dorlisheim, puis nous avons monté le QG au port du Rhin pendant 2 mois.

Puis, il y a eu la rencontre avec Isabelle, par hasard, un soir place de la République, les AG et toute la suite.

Ma première déception a été un matin, où, sur mon rond-point, j’attendais impatiemment la grève des routiers, après l’appel de FO le soir précédent. Elle n’est jamais arrivée. Depuis bientôt 7 mois, je suis passée par des phases d’euphorie, de découragement, de joie, de doute, d’excitation, de fatigue...

Je ne crois pas que nous arriverons à changer les choses de façon immédiate, car pour cela il faudrait une révolution et nous n’avons pas encore la mentalité nécessaire. Mais peut-être que nous pourrons avoir des réponses à certaines de nos revendications, une vraie justice pour toutes et tous, une baisse significative des taxes sur les produits de premières nécessité et le RIC [référendum d’initiative citoyenne]. Après, tout ça est bien, mais à une seule condition (à mon avis) : qu’on s’occupe du climat ! Car sans planète, pas besoin d’avoir un meilleur pouvoir d’achat.

Je ne suis pas pour la casse et les violences, je pense qu’elles ont découragé beaucoup de personnes comme moi. Je pense qu’en positivant le mouvement, beaucoup plus de gens nous rejoindront ou nous écouteront. Je pense que c’est le nombre qui fait la force et non la violence. Si nous étions en nombre, une grève aurait de l’impact, sans mettre nos vies en danger. En attendant, je refuse d’aller contre mes convictions, qui sont non-violentes, et c’est pour ça que j’essaie de maintenir un lien positif avec les forces de l’ordre, envers et contre tout.

Voilà, je pourrais écrire tout un roman, mais c’est un peu confus, comme mon état d’esprit depuis 6 mois.

↬ Sandrine